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Outil : La Sanguine pour le dessin

Et non, il ne s’agit ni de l’orange ni d’une encre fabriquée à partir de sang frais. On parle ici d’un outil de dessin millénaire utilisé par les plus grands artistes de l’histoire de l’Art. Qu’est-ce que la sanguine pour le dessin ? D’où vient-elle ? Comment bien la choisir et bien l’utiliser ?
Découvrez dans cet article les origines et usages de la sanguine en dessin.

Qu’est-ce que la sanguine ?


Ainsi dénommée en raison de l’analogie de sa couleur avec le sang, la sanguine est aussi appelée pierre de sanguine ou craie rouge.
La sanguine est un outil de dessin fabriquée à partir d’un minerai naturel : l’hématite, une roche contenant de l’oxyde de fer rouge qui lui donne cette couleur typique.

Selon les sites d’où elle provient et la manière dont on la prépare, la couleur de la sanguine peut varier de l’ocre clair au rouge foncé, de l’orangé au violacé jusqu’au brun presque noir.
Sa gamme de couleur est ainsi très large.

Attention toutefois à ne pas confondre la sanguine avec le Sépia un pigment issu de l’encre de la seiche, la bistre ou encore la Terre de Cassel. Ce n’est pas la même chose.

sanguine dessin brut
Sanguine à l’état brut.

Origines de la sanguine pour le dessin

Tout comme le fusain, on peut considérer la sanguine comme un des plus anciens outils de dessin de l’humanité.
En effet, les grottes préhistoriques attestent de l’emploi précoce de ce matériau.

Les fresquistes du Moyen-Age l’employèrent sur les murs des églises ou des palais, pour inscrire les premières ébauches de leurs décors.

Dans l’histoire du dessin, elle apparait au tout début du XVIᵉ siècle.
Les artistes florentins furent les premiers à s’en servir isolément.
Léonard de Vinci en tira d’ailleurs son fameux effet de sfumato et l’utilisa dans la plupart de ces célèbres études.
L’artiste Raphaël, Le Parmesan ou Michel-Ange en firent également usage dans leurs études et croquis.

Au cours de ce même siècle, les Italiens de l’École de Fontainebleau l’introduisent peu à peu en France.

À partir du XVIIᵉ, des artistes comme Rubens (1577-1640) ou Poussin (1594-1665) l’utilisent de plus en plus fréquemment. Elle accompagne l’artiste d’un bout à l’autre de sa réflexion pour mettre en place un projet décoratif d’envergure ou préparer une œuvre peinte.

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Enfin, le XVIIIᵉ siècle voit le triomphe de la sanguine.
Des dessinateurs chevronnés comme Antoine Watteau (1684-1721) ou Fragonard (1732-1806) ont largement exploité toutes les possibilités de sa palette chromatique. Ils ont aimé la sanguine pour la richesse et l’intensité de sa couleur, pour la finesse de son grain et son moelleux incomparable.

Les artistes l’achetaient chez les marchands de couleurs sous forme de bâtonnets ou en poudre à humidifier à laquelle ils pouvaient rajouter certains pigments.

Le ton chaud de ce matériau, sa ligne relativement large qui donne l’impression de la chair et du muscle est parfait pour définir l’anatomie d’un corps, l’attitude d’un personnage ou l’étude d’un drapé.

Aux XIXᵉ et XXᵉ siècles on assiste à un net recul dans l’emploi de la sanguine même si, pour tous les artistes orientés vers la couleur, elle reste un outil incontournable.

Dessin à la Sanguine de Fragonard.
Sanguine de Fragonard, 1774.

Comment la choisir ?

Aujourd’hui, on trouve la sanguine sous de nombreuses formes : craies, poudre, crayons, pastels de couleur sanguine. Quelles sont les différences et comment bien choisir sa sanguine ?

La recette classique de la sanguine pour le dessin

Appelée craie rouge, la sanguine était autrefois un mélange de kaolin et d’hématite.

Plus tard, on fabrique des bâtonnets à l’aide de poudre d’hématite adjointe à de la gomme arabique. Dilués dans l’eau, ils fournissent une très belle encre, « l’encre sanguine« .

✔ Le bâtonnet – qui peut sembler légèrement cireux – peut être trempé directement dans l’eau (contrairement aux crayons aquarellables) et donne alors un trait épais. 
Plus couramment, l’artiste fabriquait une encre en dissolvant patiemment le bâton dans un peu d’eau ou d’alcool au creux d’une assiette ou d’un bol (il faut « crayonner » au fond du récipient durant une à deux minutes), un peu comme on pourrait le faire avec un bâton d’encre de Chine. L’artiste se sert ensuite – alternativement ou simultanément – de cette encre, à la plume ou au pinceau et du bâtonnet, détrempé ou sec.

Sanguine en bâtonnet
Sanguine en bâtonnet.

La sanguine en craie et bâtonnet

C’est la forme la plus commune.

Ces craies carrées assez proches des pastels secs, ont réussi à s’imposer en tant que procédés dits académiques dans de nombreuses écoles. L’emploi de la sanguine classique est presque tombé dans l’oubli.

Certains fabricants proposent encore des bâtonnets de sanguine, de sépia – et autres couleurs « académiques » ou assimilées – pouvant être dilués, comme indiqué ci-dessus. Ces produits ne doivent pas être confondus avec les crayons et bâtonnets « aquarellables » contemporains qui se diluent beaucoup plus aisément, directement sur le papier et couvrent une gamme chromatique bien plus importante, au-delà des seuls oxydes de fer.
Ce n’est pas réellement un « mieux » du modernisme : c’est une nouvelle technique de travail qui n’a que peu de véritables points communs avec la sanguine classique.

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D’autres fabricants ont abandonné les produits diluables pour se tourner notamment, comme nous le disions, vers des craies souvent carrées ressemblant à des pastels, mais moins friables.
Ils proposent souvent différentes nuances de sanguines.

La sanguine sous forme de craie s’étale facilement avec le doigt et a une utilisation proche de celle du fusain ou du pastel. Elle nécessite d’être fixée à la fin de l’exécution de l’œuvre.

L’intérêt du bâtonnet est qu’il peut être utilisé sur toute sa longueur si vous dessinez sur des format conséquents. Il peut également être taillé en fine pointe ou broyé selon l’usage que l’on souhaite en faire.

À conserver dans une petite boîte hermétique.
Gommer si besoin avec une gomme mie de pain.
Lors de l’achat, vérifier bien qu’il s’agit de Sanguine et non de Pastel sec.

La sanguine en crayon

Apparue plus récemment sur le marché, la sanguine en crayon se présente souvent sous forme de ‘Pack’ de plusieurs teintes.
À part le fait qu’ils se conservent mieux (moins salissants et moins fragiles que les bâtonnets) les crayons sanguine n’ont sinon, à mon sens pas grand intérêt.

Kit de crayons sanguine
Kit de Crayons sanguine.

La poudre de sanguine

La poudre de sanguine convient aux dessins de grande surface. Elle peut être utilisée pour des effets de matière, textures ou encore des lavis.
Elle peut être travaillée à l’eau ou avec un liant pour obtenir une pâte.

Sanguine en poudre.
Sanguine en poudre.

Quel papier choisir pour la sanguine ?

Avec la sanguine, la coloration du papier joue un rôle très important.
Les papiers de teintes crème et gris ou gris-bleu sont fréquemment employés.
✔ Couchée sur des papiers légèrement bleutés, la sanguine met en valeur la teinte du papier et accentue l’atmosphère provoquée par le rapprochement de ses teintes complémentaires (orangé et bleu).
Ce sont les Italiens qui, au cours du XVIᵉ siècle, découvrirent que l’association de ces deux couleurs produisait des effets chromatiques intéressants.

Un papier doux, possédant un peu de grain, mais pas trop, met en valeur l’aspect friable de ce matériau tout en conservant ses qualités propres. Cette combinaison donne au dessin une remarquable homogénéité visuelle.

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Pourquoi utiliser la sanguine ?

La facilité d’emploi de la sanguine, ses coloris chauds particulièrement flatteurs, traduisent parfaitement le relief et la chaleur de la carnation humaine, ce qui en fait un matériau de prédilection pour le portrait et le nu.

Son tracé gras se marie volontiers avec des matériaux au trait plus fins (mine de plomb, pierre noire) et supporte les procédés liquides comme le lavis. Sa gamme de tons variés rappellent ceux de la peau et en font l’outil idéal pour le modèle vivant et l’étude du corps.

La sanguine trouve son principal usage dans la production de croquis rapides, d’études de modèles vivants et de drapés. Elle est parfaite pour le rendu des modelés et des volumes.

Idéale pour apprendre à maitriser l’Ombre et la lumière, la sanguine est un outil fabuleux pour ceux qui souhaiteraient perfectionner leur technique et leur coup d’œil.

Emmenez-la avec vous lors de vos séances de Modèle Vivant et appliquez la technique des trois crayons ! Vous progresserez rapidement !

Rubens, technique des trois crayons
Un exemple de la Technique des Trois crayons par Rubens.

La technique des Trois Crayons

La technique des trois crayons associe depuis longtemps la pierre noire, la craie blanche et la sanguine.

Elle fut employée la première fois au XVIᵉ siècle en Italie du Nord pour le portrait.

La sanguine estompée donne sa tonalité générale au dessin.
Des touches de pierre noire structurent les ombres et détails de la composition.
La craie blanche utilisée en rehauts, modèle la figure en faisant ressortir les points lumineux.

Il y a tant à dire sur la Sanguine ! Le meilleur moyen d’apprécier cet outil reste encore de l’essayer 🙂
Alors, faites-vous plaisir !
À bientôt pour la suite,
Joanaa

Cet article a 2 commentaires

  1. JANDIA-ROUDAUT

    bonjour, je suis autodidacte dans le domaine de la peinture et suis en recherche de tutoriels d’explications pour apprendre de plus en plus cet art qui me passionne. j’ai trouvé dans cette information sur la sanguine, passionnante, merci beaucoup

    1. Joanaa F

      Bonjour ! Merci pour votre commentaire 🙂 Je suis ravie que cet article ai pu vous aider.
      Si jamais vous aviez des questions n’hésitez pas.

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