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Encre de Chine, encre acrylique ou indienne : les différences.

Encre de Chine, encre noire indélébile, encre acrylique, Sumi ou encore encre indienne… Difficile de s’y retrouver !

L’encre de Chine est à l’origine une encre noire originaire d’Asie, utilisée pour le dessin, la peinture au lavis et la calligraphie.
Or, il existe aujourd’hui sur le marché, une multitude de produits appelés ‘Encre de Chine’, mais qui n’en sont pas forcément !
Comment faire la différence entre toutes ces encres ? Trouvez les réponses dans cet article.

L’encre de Chine : une encre mystérieuse


Quelle pagaille ! Il semble que le terme ‘encre de Chine ‘ soit aujourd’hui complètement galvaudé : on l’utilise vraiment pour tout et n’importe quoi !

Pour cause, sous bien des aspects, cette encre reste un mystère.
Il n’en fallait pas plus pour que les fabricants profitent de ce flou artistique pour nous embrouiller, nous pauvres artistes que nous sommes…

Et c’est vrai que le dossier est lourd et compliqué.
Il semble en effet qu’il y ait existé une variété infinie d’« encres de Chine » différentes selon les lieux et les époques. Allons voir tout cela de plus près.

On ignore l’origine exacte de l’encre de Chine

Pour les anglophones l’encre de Chine est l’«encre indienne» : India(n) Ink, et en néerlandais l’«encre indienne orientale» : Oost-Indische Inkt (surement parce qu’elle fut acheminée par le commerce de la route des Indes).
La légende dit qu’elle serait née en Inde puis reprise par les Chinois.

On ne connaît pas avec précision les dates de son apparition

L’encre de Chine est utilisée en Inde depuis au moins le 4ᵉ siècle avant JC, où elle s’appelait Masi, un mélange de plusieurs substances.
Des documents indiens écrits à Kharosthi avec cette encre ont été découverts jusqu’au Xinjiang, en Chine.
La pratique d’écrire avec de l’encre et une aiguille pointue en tamoul et dans d’autres langues dravidiennes était une pratique courante depuis l’antiquité dans le sud de l’Inde, et ainsi plusieurs anciennes écritures bouddhistes et jaïns en Inde ont été compilées à l’encre.
En Inde, le noir de carbone à partir duquel l’encre de Chine est formulée a été obtenue localement en brûlant des os, du goudron, de la poix et d’autres substances. (sources)

– En Chine, on a pu retrouver des objets datant de 4000 ou même 5000 av. J.-C, peints avec de l’encre de Chine et on estime les premières utilisations de l’encre sous forme de bâton en Chine vers – 200 avant J.-C.

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Une recette bien gardée

Il n’y a pas de recette reconnue ni de formule fixe pour la préparation de l’Encre de Chine traditionnelle, car il en existe une grande variété, de qualité plus ou moins bonne.
À savoir également que l’ensemble des encres noires ne sont pas forcément «de Chine» comme nous le verront plus loin, d’autant que la composition des encres est rarement mentionnée sur les emballages.

Les différentes formes d’encres dites «de Chine »

Le bâton traditionnel

On trouve aujourd’hui l’encre de Chine le plus souvent sous forme liquide, or, elle s’est longtemps présentée uniquement sous forme de ‘bâton’ solide que l’on prenait soin de ‘moudre’ dans la pierre à encre, avec de l’eau.

La préparation de l’encre dans la pierre à encre fait partie intégrante de la séance de peinture et permet à l’artiste de se préparer mentalement à la création. Avec ce geste circulaire répétitif, l’esprit se calme.
De plus, il permet un meilleur contrôle de l’épaisseur et de l’intensité de l’encre, que l’artiste peut ainsi adapter à ses besoins.

Exemple de bâton d'encre de Chine traditionnel et sa pierre à encre.
Exemple de bâton d’encre de Chine traditionnel et sa pierre à encre.


La composition de l’encre de Chine traditionnelle

Même si on ne connaît pas la recette exacte, on connait néanmoins les ingrédients essentiels de cette encre millénaire.

Le pigment de l’encre de Chine est un pigment noir de carbone : le noir de fumée  à base de ‘suie’. Il est obtenu par la calcination d’un mélange d’huiles et d’autres ingrédients broyés qui peuvent varier (os, végétaux…)

Le liant originel de l’encre de Chine proprement dite, en bâton, est une colle de protéine : un genre de gélatine. Certains évoquent la colle de peau, colle de poisson, une colle de bœuf ou encore de la gelée de cerf.

À partir du XVIIe siècle, la présence de gomme laque (issue de la Cochenille) solubilisée par une solution ammoniacale donne à l’encre une fois sèche un aspect brillant et une consistance dure et cassante qui permet, sur certains supports, le grattage.

Certains sucs végétaux ajoutés au liant peuvent avoir une action tannante et rendent l’encre indélébile.
D’autres additifs, comme le fiel, rendent l’encre, une fois mélangée à l’eau, plus ou moins mouillante, d’autres la rendent plus ou moins onctueuse, atténuent son odeur, évitent, comme le clou de girofle, sa dégradation par des bactéries.

Les liants d’encres d’autres provenances peuvent contenir du camphre dilué dans l’alcool, musc, des épices, des huiles, du sucre et de la gomme arabique

La fabrication des bâtonnets d’encre

En Chine et au Japon, il existe encore des ateliers de fabrications artisanaux de bâtonnets d’Encre de Chine.

Pour vous faire une idée, voici une courte vidéo qui explique les différentes étapes de fabrication.

Pour fabriquer les bâtons traditionnels, le noir de fumée et la colle sont mélangés afin de former une pâte. Ils sont ensuite cuits ensemble durant environ six heures. C’est dans cette phase que résident les secrets de fabrication les plus importants !

Une fois la pâte d’encre finale obtenue, celle-ci est moulée en petits bâtonnets.

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Le séchage des bâtonnets détermine leur qualité : ils sont placés une semaine dans une cendre humide changée deux fois par jour, puis, de nouveau séchés pendant 15 à 45 jours en fonction de la qualité recherchée.
Ils sont ensuite lissés au pinceau et polis avant d’être décorés avec des motifs en or et en argent, puis sont enduits de sucre ou d’autres ingrédients solidifiant.

L’encre en bâtons s’améliore au fil du temps. Les bâtons conservés depuis plusieurs années jouissent d’une grande réputation et peuvent coûter des milliers d’Euros.


Pour + de détails sur l’histoire et la fabrication de l’encre de Chine : cliquez ici

L’encre Sumi japonaise :

Au Japon, l’encre en bâtons s’appelle sumi. Comme en Chine, elle s’emploie en calligraphie et en peinture au lavis (sumi-e).

L’encre japonaise confectionnée à partir de suie de pin ou d’huile végétale et de colle animale est plus dure et moins condensée que la plupart des fabrications chinoises. Elle résiste mieux à l’étirement des tracés.

Certaines des encres Sumi et Encres de Chine traditionnelles ne sont pas tout à fait indélébiles et reste solvable une fois sèches.
– Vérifiez donc les étiquettes !

Encre de Chine tradittionnelle pour la calligraphie.
Encre de Chine traditionnelle pour la calligraphie.

Les encres acryliques ou encres Indienne

Attention toutefois : ce que les fabricants français nomment « encre-de-chine liquide  » n’est ni de l’encre ni chinois, mais un médium à base acrylique qui sèche rapidement à la surface des papiers collés, donc le contraire des encres chinoises qui doivent pénétrer dans les fibres du support, et dont on a emprunté le nom, au risque de créer de nombreux malentendus.

Une fois sèche les encres acryliques deviennent indélébiles.

On regroupe souvent sous le terme ‘encres Indiennes’ les encres acryliques de couleurs : très faciles à diluer à l’eau, très résistantes une fois sèches.
!! Attention également, à ne pas confondre ces ‘encres indiennes’ avec des encres aquarelles, qui elles, pour la plupart, ne sont pas indélébiles une fois sèches et sont translucides.

– Ainsi, les meilleures de ces ‘encres indélébiles’ sont américaines et allemandes.

❌ Évitez d’utiliser l’encre acrylique avec des pinceaux en poils naturels, car elle abimerait les précieux poils.
De plus, ne laissez jamais sécher vos ustensiles avec de l’encre acrylique dessus, car l’acrylique durci de façon irréversible : les pinceaux sont fichus, les taches ne sont pas lavables.

L’invention des pigments synthétiques à la fin du XIXe siècle a multiplié les possibilités et mis une certaine confusion dans les dénominations commerciales des encres prêtes à l’emploi.
La forme liquide de l’Encre de Chine impose des additifs émulsifiants ou conservateurs différents de la forme en bâton.


💡 Les fabricants proposent néanmoins des encres adaptées à chaque instrument. Lisez donc attentivement les étiquettes !

Pour + d’infos sur la composition des encres : cliquez ici

Attention à ne pas confondre encre de Chine et encre acrylique
Attention à ne pas confondre encre de Chine et encre acrylique !

Techniques et Utilisations des Encres de Chine, acrylique et indienne

✔ On peut utiliser l’encre de Chine avec différents outils : plume, calame, pinceaux ou de brosse à peindre. En la diluant, on obtient une grande variété de gris.

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L’encre de Chine’ est très utilisée pour les tracés de dessins à la plume, au tire-ligne ou au pinceau (BD, mangas, dessin technique, aquarelle, enluminure…) avant colorisation.
Indélébile et on peut donc continuer le dessin ou le lavis sur les premiers traits.
En séchant, les lignes à bases d’encre de Chine crée une légère sur-épaisseur qui permettront de mieux contenir les couleurs.

✔ On utilise en général un papier à grain fin, mais avec un grammage conséquent adapté aux techniques humides ( min 250 gr).
Pour savoir quel papier choisir : lisez cet article.
Comme en aquarelle, on peut également travailler le lavis sur papier humide ou sec.

Le procédé à l’encre de Chine sur calque a l’avantage de donner au trait un contour très net, que l’on obtient difficilement avec d’autres papiers.
L’usage sur calque reste cependant réservé au travail de lignes fines, ce genre de papier étant trop fin pour supporter des lavis (gondole rapidement)

❌ On dédiera des pinceaux réservés à l’usage de l’encre de Chine traditionnelle, car elle est plutôt agressive avec les poils naturels.
Lisez cet article : Pour savoir comment bien choisir les poils de votre pinceau.

❌ Les encres de Chine sèchent au contact de l’air : fermez donc bien vos pots et ne les laissez pas ouverts trop longtemps.


💡 Pour ouvrir un pot d’encre de Chine séché : passez le sous l’eau chaude.

💡 Pour un meilleur entretien et nettoyage de vos instruments de dessin réservés à l’usage de l’Encre de Chine, il existe dans le commerce des liquides nettoyants spéciaux prévus à cet effet.
Si vous souhaitez en savoir plus sur l’entretien de vos pinceaux :
c’est par ici.



J’espère sincèrement que cet article vous aura permis d’y voir un peu plus clair 🙂
Alors maintenant : au travail ! On n’est pas là pour rigoler non plus ! 😉
À bientôt pour la suite,
Joanaa


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