Qui était René Magritte ?

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Qui était véritablement l’artiste René Magritte ?
Parmi les artistes du XXe siècle, Magritte est un cas à part : beaucoup de gens connaissent son œuvre, mais ne savent rien de lui.
Au milieu de tant de personnalités excentriques, il se distingue du fait de ne pas se distinguer.
Maître de l’anonymat, Magritte en serait probablement satisfait aujourd’hui.
Retour sur l’œuvre de cet artiste mystérieux.

René Magritte ou la Trahison des Images 

Il n’y a rien de très spectaculaire à dire sur René Magritte. En vérité, sa vie n’avait rien de passionnant.

Si Marcel Duchamp entretenait un personnage public et Salvador Dalí enchaînait les coups d’éclat, Magritte, lui, est resté bien tranquillement chez lui à Bruxelles… à travailler.

Il ne courait pas les jupons comme Pablo Picasso, ne s’est jamais investi dans le radicalisme politique comme Diego Rivera et n’avait pas le caractère épouvantable de Georgia O’Keefe…
Il est toujours resté fidèle, poli et effacé et semble avoir préféré réserver ses côtés étranges à son Art.

Effectivement, René Magritte dissimulait son extraordinaire imagination derrière une façade anonyme et irréprochable, ce qui lui à peut-être permis de créer des images aussi surprenantes que celles qu’auraient pu concevoir le plus exubérant des artistes d’avant-garde.

René Magritte à l'âge de 24 ans.
René Magritte à l’âge de 24 ans.



René Magritte : biographie

Les origines de Magritte

René François Ghislain Magritte naquit à Lessines, en 1898, en Belgique.
Ainé des trois fils d’un tailleur prénommé Léopold et de son épouse modiste, Régina.

La famille s’installe ensuite à Châtelet et Magritte y vécu apparemment une enfance heureuse jusqu’au jour où sa mère se suicide en se jetant dans la Sambre.
On ignore ce qui est à l’origine de ce tragique événement et Magritte en parlait rarement.
Le seul commentaire qu’il ait jamais fait à ce sujet à l’âge adulte est qu’en tant qu’enfant de 12 ans, il avait ressenti une certaine fierté à se trouver au centre d’un drame.

Après cette épreuve, Léopold installa la famille à Charleroi où René fini ses études secondaires puis entra à l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles.


Georgette et la vie active

En 1920, alors qu’il se promenait dans le jardin botanique de la ville, il tomba sur Georgette Berger, une jeune femme qu’il avait rencontré plusieurs années auparavant à la foire annuelle.
Par provocation, il lui expliqua qu’il se rendait chez sa maîtresse. Soit Georgette ne le cru pas, soit elle n’y accorda aucune importance, car 2 ans plus tard, ils étaient mariés.


Georgette Berger, femme de René Magritte
Georgette Berger, femme de René Magritte

Le début des années 1920 fut une période difficile pour l’artiste sur le plan financier.

Tout en faisant des illustrations publicitaires et en peignant des couvertures de partitions musicales, Magritte prit un emploi de concepteur de papier peint.
C’est également à cette époque qu’il commence à développer son propre style.

Un jour, dans un magazine, il tombe sur Le chant d’Amour de Giorgio de Chirico, qui représente un gant de caoutchouc géant suspendu à un mur, près de la tête d’une statue classique.

Ce tableau lui fait découvrir ‘la supériorité de la poésie sur la peinture’ et l’ému aux larmes. « Mes yeux ont vu la pensée pour la première fois », écrira-t-il en se souvenant de cette révélation.

Le chant d’Amour de Giorgio de Chirico, 1914
Le chant d’Amour de Giorgio de Chirico, 1914


Bientôt, Magritte se mit à peindre des scènes remarquablement détaillées, mais qui ne pourraient exister qu’en rêve.

Dans Liaisons dangereuses, une femme fait face aux spectateurs en tenant un miroir dans lequel apparaît son propre reflet de dos.

Liaisons dangereuses, René Magritte
Liaisons dangereuses, René Magritte


Dans Tentative de l’impossible, un artiste peint une femme nue qui semble se tenir près de lui dans la pièce, mais dont l’un des bras n’est pas encore fait.


De nombreuses œuvres témoignent du langage pictural unique de Magritte, dans lequel se côtoient femmes voilées, piliers de balustrade, jockeys perdus, pommes ou encore nuages.

Tentative de l'impossible, René Magritte, 1928
Tentative de l’impossible, René Magritte, 1928


La fin des années 1920 se verra encourageante. Un marchand d’art bruxellois propose à Magritte un contrat qui le libérera de ses travaux publicitaires et, en 1928, l’artiste part pour Paris avec son épouse afin de retrouver les autres artistes surréalistes.

Ces derniers associaient l’Absurde du Dadaïsme à un intérêt pour les travaux de Sigmund Freud et à une emphase sur l’inconscient.



Magritte et le Surréalisme

Leur chef de file, André Breton, était psychiatre et avait appris les théories freudiennes quand il travaillait auprès des soldats traumatisés durant la première guerre mondiale.

Pratiquant l’association libre et l’interprétation des rêves, il prônait l’utilisation d’images oniriques dans l’Art.


Magritte se joignit immédiatement aux longues de conversations surréalistes qui avaient lieu dans les cafés parisiens, mais ne s’intéressait pas pour autant à des formes d’art non planifiées telles que le dessin automatique : il ne cherchait pas à explorer le subconscient.

Au contraire, il voulait jouer avec notre compréhension de la réalité en créant des images transgressant cette dernière.

Dans la réalité, un rocher est quelque chose de lourd, mais chez Magritte, d’énormes blocs de pierre flottent aisément dans l’air.
Dans la réalité, on peut faire la différence entre un tableau et une scène aperçu par une fenêtre, mais chez Magritte, un tableau placé devant une fenêtre ne se distingue pas de ce que l’on voit à l’extérieur.
Magritte jouait avec les mots et les images.


Magritte et l’Anonymat

Alors que de nombreux surréalistes affirmaient que leur vie même était une œuvre d’art, Magritte préférait être considéré comme un artisan, une attitude bourgeoise que ses confrères ne comprenaient pas vraiment.

Magritte a créé un remarquable symbole de l’anonymat moderne : Un homme portant un chapeau melon et un costume, une sorte de Monsieur tout le monde où l’apparence empiète sur l’identité.

Son visage est plus ou moins visible : soit parce qu’il tourne le dos au spectateur, soit parce qu’il est caché par des objets en suspension tels qu’une pipe, une pomme, ou encore un oiseau.

René Magritte, Golconde,
 1953

René Magritte, Golconde,
1953



D’autres fois, le personnage apparaît plusieurs fois et l’on voit ainsi converser deux ou trois hommes similaires.
Il pousse ce motif à son paroxysme avec Golconde, toile dans laquelle des centaines d’hommes au chapeau melon pleuvent sur la ville.

René Magritte, Golconde,
 1953
René Magritte, Golconde,
1953




En 1929, il achève l’un de ses tableaux les plus célèbres : la trahison des images, qui représente simplement une pipe si soigneusement dessinée qu’il pourrait s’agir d’une illustration publicitaire. Juste en dessous, en simple écriture cursive se trouvent les mots : « ceci n’est pas une pipe« .

Avec cette œuvre, René Magritte s’amuse du fait que les images et les mots ne sont pas équivalents, ils s’évoquent mutuellement, mais ne sont pas interchangeables.

René, Magritte, La trahison des images, 1929
René, Magritte, La trahison des images, 1929

Quand le galeriste bruxellois de Magritte ferme boutique à cause de la crise de 1929, l’artiste connait une mauvaise passe financière.
En 1930, il rentre en Belgique avec sa famille et reprend le dessin publicitaire pour payer ses factures.


Ceci n’est pas un Magritte

En 1940, les troupes nazies envahissent la Belgique, marquant le début d’une occupation qui allait durer jusqu’à la libération du pays en 1944.

Les artistes modernes réagirent de différentes façons à l’horreur de la situation.
Par exemple, Picasso, resta un rebelle tandis que Matisse préféra se réfugier dans la beauté.
La réaction de René Magritte fut plus proche de celle de Matisse : il adopta brièvement un style coloré en 1943-44, intermède connu comme sa « période Renoir », en réaction à son sentiment d’aliénation lors de ce temps d’occupation de la Belgique.
En 1946, renonçant à la violence et au pessimisme de ses travaux antérieurs, il signe le manifeste du « Surréalisme en plein soleil ».


Ses tableaux restent néanmoins surréalistes, en mettant l’accent sur la lumière, la couleur et la beauté, les éléments jusqu’alors absent de ses toiles…
Dans l’un d’entre eux, les jambes d’une femme nue deviennent les nageoires d’une sirène, et dans un autre, une silhouette nue inclinée arbore toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.


Magritte a ainsi commenté cette époque : L’expérience de la guerre m’a enseigné que ce qui importe en art, c’est d’exprimer le charme.
Je vis dans un monde très désagréable et mon œuvre se veut être une contre-offensive.

Le seul problème, c’est que les critiques détestèrent ces tableaux.

En France, ils reprochèrent à l’artiste d’avoir exploité et plagié le style des dernières œuvres de Renoir.
Aujourd’hui encore, les organisateurs d’exposition laissent souvent de côté les toiles de cette période Néo-impressionnistes.

René Magritte, La liberté des cultes, 1946
René Magritte, La liberté des cultes, 1946


Magritte faussaire

En 1948, pour sa première exposition personnelle à la Galerie du Faubourg à Paris, Magritte peint en six semaines une quarantaine de tableaux et de gouaches dans un style Fauve provocateur et grossier, ce sera sa « Période Vache », dont aucune œuvre ne sera vendue à Paris.
Irène Hamoir léguera ces œuvres au Musée de Bruxelles.

Pendant ce temps, Magritte subvient à ses besoins en produisant de faux Picasso, Braque et Chirico à l’initiative de son frère Paul Magritte et de son compatriote surréaliste Marcel Mariën, à qui était dévolue la tâche de vendre ces contrefaçons.
À la fin de 1948, il revient au style et aux thèmes de son art surréaliste d’avant-guerre.

Magritte au travail en 1964.
Magritte au travail en 1964.

La reconnaissance de René Magritte

Pendant des décennies, l’artiste vécu tranquillement avec Georgette puis, dans les années 1960, on se mit à organiser des rétrospectives dans le monde entier et la valeur marchande de ses tableaux augmenta considérablement.

En 1965, sa santé déclinante le força à ralentir sa production artistique.
Après avoir peint plus de mille toiles exposées à Bruxelles, Londres ou encore New York, Magritte s’éteint à l’âge de 69 ans d’un cancer du pancréas le 15 août 1967.



Magritte a non seulement influencé d’autres surréalistes, mais il a également beaucoup marqué les artistes pop du milieu du siècle qui ont adopté son style épuré. Au même moment, son œuvre est devenu une source d’images très utilisée dans la culture populaire.

Un musée dédié à son œuvre est ouvert à Bruxelles en 2009, la plupart des œuvres exposées appartenant aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
Sa maison bruxelloise se visite également.




Si la vie des artistes vous intéresse, jetez un œil aux cours suivants :
CÉZANNE : la vie d’un peintre incompris
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À bientôt pour la suite,
Joanaa

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