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Qui était : Johannes Itten ?

On connaît plus son cercle chromatique que son histoire.
Pourtant, c’est bien à Johannes Itten, peintre et enseignant Suisse, que l’on doit le fameux Cercle chromatique étudié dans presque tous les cours sur la couleur
pour artistes.
Revenons sur le parcours de ce personnage haut en couleurs.

Qui était Johannes ITTEN ?


Né en 1888, à Thoune, près de Berne, en Suisse, Johannes Itten commence à peindre et à dessiner à l’adolescence, puis parvient à convaincre ses parents de l’inscrire à l’École des Beaux-Arts de Genève, tout en poursuivant des études scientifiques.

En 1910, il découvre les peintres Modernes à Paris, Cézanne et le cubisme avec Picasso, puis plus tard en voyage à Munich le groupe du Blaue Reiter qui lui laissera une forte impression.
Il termine sa formation à Stuttgart chez Adolf Hölzel (peintre allemand pionnier du modernisme) de 1913 à 1916.

Fort de son apprentissage, Itten fonde sa première école d’art à Vienne peu après.

De 1919 à 1923, il enseigne à la fameuse Ecole d’Architecture et d’Arts Appliqués du Bauhaus.
En effet, Walter Gropius son célèbre directeur, charge Itten de prendre en main le cours préliminaire du Bauhaus de Weimar, cours qui allait connaître un succès extraordinaire.

Itten eut dès son arrivée une influence majeure sur l’enseignement de cette institution.
Il dirigea les enseignements ayant trait à la couleur et à la forme (ateliers de sculpture sur pierre, d’ameublement, de vitrail, de métal, de peinture murale et de tissage).
Il fut contesté tant par les élèves, dont Josef Albers, que par Walter Gropius et la direction, en raison de ses méthodes d’enseignement empreintes de sectarisme et influencées par la pratique du mazdaznan, un néo-zoroastrisme, dont il était un fervent pratiquant.

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portrait Johannes Itten
Portrait de Johannes Itten au Bauhaus.

Corps et perception

Si le contenu des cours proposés par Itten à ses élèves semble aujourd’hui beaucoup moins original qu’à l’époque, il faut souligner l’audace d’Itten mettant l’accent (en 1919) sur ce qui fut depuis la Renaissance le refoulé pictural de l’Occident : la gestualité, la couleur et la texture.

Au-delà des cours de yogas et des séances de relaxation par lesquelles Itten commençait ses cours, on peut observer dans tout l’enseignement d’Itten une certaine mise en évidence de l’importance du corps dans la « création » artistique.

Ainsi, pour faire travailler la relation corps et esprit, Itten demande à ses élèves de dessiner simultanément des deux mains des courbes identiques, pour les lignes horizontales de s’étendre, pour dessiner un œuf, de le palper et d’en mesurer tactilement la forme, pour dessiner un arbre de partir du bas selon le processus de croissance de la plante… etc.

C’est précisément dans l’étude de la texture qu’Itten se montre le plus révolutionnaire : il fait faire à ses élèves des collages de différents matériaux (plumes, poils, verre, bois, éléments végétaux, pommes de pins ou racines, etc.).
Il exige de ses élèves qu’ils s’intéressent à la configuration microscopique de chaque objet, leur fait composer des œuvres « tactiles » qu’un aveugle pourrait apprécier (cela pour démonter le préjugé occidental attribuant un privilège exclusif à l’œil).


Itten fabrique même avec ses élèves des textures artificielles ; en reproduisant la photographie d’une empreinte digitale, en la répétant sériellement, on obtient (c’est ce que Moholy-Nagy nommera plus tard le massing) une image donnant l’illusion d’un textile. Tous ces travaux sur la texture sont évoqués dans son ouvrage Le Dessin et la Forme.

Livre : le dessin et la forme de Johannes Itten
Le célèbre ouvrage sur les cours préparatoires au Bauhaus de Johannes Itten.

On remarquera un intérêt pour le textile indéniable chez Johannes ITTEN, puisque, après avoir dirigé l’École et le musée des Arts décoratifs de Zurich, il dirige l’école textile de la même ville.
Entre textile et texture, il y a plus qu’un lien étymologique, et la question fondamentale qu’aura posée Itten (après des siècles d’occultation de la texture picturale) n’est-elle pas : « Qu’est-ce qu’un peintre, sinon un tisserand ? », c’est-à-dire une araignée qui sème des signes sur sa toile.

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L’Art de La couleur de Johannes Itten

Sur la couleur, on doit à Johannes Itten de nombreuses recherches, commencées au Bauhaus et terminées ensuite. Ces idées sont exposées dans son célèbre ouvrage L’Art de la couleur (Kunst der Farbe, 1961).

Livre : l'art de la couleur de Johannes Itten

Enseignant de la couleur pendant plus de 40 ans, Itten a créé plusieurs variantes du cercle chromatique classique, déjà bien établi en peinture, suivant la tradition des artistes et des teinturiers.

Itten développe son célèbre cercle chromatique (le cercle chromatique de Itten) pour enseigner l’usage de la couleur et permettre son utilisation dans un but esthétique et fonctionnel.
Il ne vise pas à une science de la couleur, mais à la formation d’un nouvel artisanat industriel possédant une maîtrise de la couleur.

Le cercle chromatique de Johannes Itten
Le cercle Chromatique de Itten

L’étoile des couleurs d’Itten, présentée dans un autre ouvrage, inclut la valeur (au sens de la luminosité) dans la présentation, avec au centre le blanc, de luminosité maximale, et à la périphérie, au bout des branches colorées, le noir, valeur la plus sombre.

L'étoile des couleurs de Johannes Itten
L’étoile des couleurs de Itten

Rupture avec le Bauhaus

En 1923, la métaphysique dont Itten baigne son enseignement ne convient plus au Bauhaus.

Itten, fervent adepte de Mazdaznan, un culte du feu originaire des États-Unis et inspiré du zoroastrisme, observait un régime végétarien strict et pratiquait la méditation comme moyen de développer la compréhension et l’intuition intérieure qui étaient pour lui la principale source d’inspiration et de pratique artistique.

Le mysticisme de Itten et la révérence dans laquelle il était tenu par un groupe d’élèves, dont certains convertis à Mazdaznan (par exemple Georg Muche), créèrent un conflit avec Walter Gropius qui souhaitait orienter l’école dans une direction qui englobait la production de masse plus que la seule expression artistique individuelle.
En effet, c’est l’époque du slogan de Gropius : « Art et technique : nouvelle unité »).

La rupture conduit à la démission de Itten du Bauhaus et à son remplacement par László Moholy-Nagy en 1923.

Johannes Itten quitte alors Weimar, mais continuera cependant à enseigner de 1926 à 1934.
Il dirige notamment une école privée à Berlin puis de 1932 à 1938 l’École des arts textiles de Krefeld.
L’école fut malheureusement fermée par les Nazis après leur accession au pouvoir.

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L’influence de Johannes Itten

Si Johannes Itten n’a pas en tant que peintre l’importance d’un Klee ou d’un Kandinsky avec lesquels il professait au Bauhaus, il faut insister sur le caractère révolutionnaire de son enseignement.


Johannes ITTEN a eu un impact considérable sur le programme de formation créative du Bauhaus et sa compréhension de la théorie des couleurs a défini des normes en matière d’enseignement de l’art et du design qui sont encore utilisées de nos jours.

Pour aller plus loin :

N’hésitez pas à visionner l’excellente série télévisée allemande Un temps nouveau, à propos du Bauhaus, qui dépeint le personnage aux allures de moine de Johannes Itten, interprété par l’acteur Sven Schelcker.

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