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Du sang sur nos pinceaux

En effectuant des recherches pour la rédaction de mes précédents articles sur les pinceaux, j’ai pris conscience du peu de transparence sur la provenance et l’origine des poils d’animaux utilisés dans la fabrication de nos chers pinceaux.

J’ai donc mené ma petite enquête et j’ai le regret de vous annoncer que non, chers amis : malheureusement, les poils de nos pinceaux ne sont pas récoltés avec tendresse sur des animaux dormant paisiblement. Loin de là.

La réalité est bien plus triste.
En effet, les artistes et les acheteurs ont souvent très peu de connaissances quant à l’origine et à la façon dont sont collectés ces précieux poils naturels qui constituent nos outils de travail.

Or, trop souvent cette pratique est à la fois cruelle et illégale et, pour ma part, en tant qu’artiste, je ne peux accepter cela.

Même s’il existe sûrement des marques respectueuses des réglementations et du bien-être animal, la plupart de nos pinceaux sont fabriqués avec des fibres naturelles, des poils d’animaux collectés sur des animaux sauvages (tels que la martre, l’écureuil, le putois, le blaireau, la mangouste… ) ou élevés dans des fermes à fourrure.
Découvrez la triste vérité dans cet article.

du sang sur nos pinceaux

Modus operandi


Pour se procurer les précieux poils, les animaux sauvages sont ainsi chassés et capturés dans des filets.
Puis, ils sont maintenus captifs dans des cages grillagées minuscules, exposées aux éléments et au bruit.
Ces conditions stressantes entraînent souvent des blessures et des troubles psychologiques graves chez ces animaux sauvages habitués aux grands espaces.

Quant aux élevages d’animaux à fourrure, ils sont des plus barbares et inacceptables !
Je vous épargne les vidéos atroces que j’ai dû visionner afin d’affiner mon propos. Il suffit de taper les termes ‘ferme à fourrure’ dans Google ou Youtube pour avoir un aperçu de l’horreur (âmes sensibles s’abstenir!!).
Les modes d’abattages vont de l’électrocution anale, coup de gourdin, gaz mortel, voire pire, dépecés vivants…

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La chair est consommée sur place par les chasseurs ou donnée comme nourriture aux animaux enfermés.

Les poils recherchés pour fabriquer des pinceaux doivent être assez longs, ils sont donc souvent prélevés sur la queue (plus touffue), le buste ou encore le dessous du ventre des animaux.

Chacun de ces animaux produit donc une toute petite quantité de poils utilisables pour nos pinceaux, environ une trentaine de grammes (soit une petite poignée !).
Ainsi, pour chaque kilo de poils utilisés, 50 de ces petits mammifères sont tués.

Mangouste dont les poils sont utilisés pour fabriquer nos pinceaux en Kevrin.
Mangouste dont les poils sont utilisés pour fabriquer nos pinceaux en Kevrin.

Trafic et braconnage


En août 2015, une saisie de plus de 5 kilos de poils de mangouste a été faite par les autorités indiennes, soit l’équivalent en fourrure de plus de 150 animaux.

Pourtant en Inde, les mangoustes sont protégées en vertu de la loi de 1972 sur la protection de la faune qui prévoit une peine minimale de trois ans, ainsi qu’une amende de 10 000 roupies (140 euros) pour toute personne reconnue coupable de massacre, de possession ou de commerce de mangouste (parties du corps et fourrure comprises).
Il existe également une interdiction du commerce international de mangoustes indiennes et de leurs poils en vertu de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d’extinction (CITES), un traité mondial qui régule le commerce transfrontalier des espèces sauvages. 
Malgré l’existence de lois contre ce genre de pratiques, à ce jour pourtant, il persiste toujours un marché noir alimenté par le braconnage tout comme l’est encore l’ivoire, le requin ou la baleine (et tellement d’autres…)

Les poils sont achetés à des intermédiaires puis vendus à des ateliers Indiens qui confectionnent des pinceaux. 
Il peut s’agir d’opérations à grande échelle. En 2015, les services répressifs indiens ont saisi 14 000 pinceaux en poils de mangouste à un revendeur, dans une ville côtière du sud-ouest de l’Inde.
Ces pinceaux avaient été fabriqués dans l’état d’Uttar Pradesh, une région dans laquelle, d’après la Wildlife Trust of India, seraient basés de nombreux fabricants de pinceaux. 

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La plupart des pinceaux Indiens sont destinés aux États-Unis, à l’Europe, ainsi qu’au Moyen-Orient.
Afin de faciliter leur commercialisation, les vendeurs masquent leur provenance en indiquant qu’il s’agit de pinceaux fabriqués à partir de poils de belette ou de blaireau dont la fabrication est légale. 
On constate les même pratiques en Chine et dans d’autres régions du monde.

La provenance des poils ainsi que leur origine reste donc très opaque !
La plupart du temps les consommateurs n’en savent pas plus, ou ne s’en soucie pas plus que ça…

du sang sur nos pinceaux

L’extinction de la Martre Kolinsky

Comme nous l’avions déjà évoqué dans cet article, les pinceaux en Martre Kolinsky sont des pinceaux très haut de gamme recherchés par les plus grands artistes pour leurs qualités uniques.

Son poil, dont le prix peut dépasser celui de l’or, à des qualités si exceptionnelles qu’on ne peut le substituer.

En effet, ces poils provenant du pelage d’hiver (plus épais et plus long) du mâle Kolinsky détiennent le record mondial de longueur (jusqu’à 6,35 cm), de ressort et de finesse de pointe.

Originaires des climats les plus froids, les meilleurs Kolinsky venaient autrefois de la péninsule de Kola en Sibérie.
Mais, aujourd’hui il n’existe plus de Martre Kolinsky dans cette région.
Cet animal a pratiquement disparu et est actuellement une espèce protégée en Russie.
Pourtant le nom Kolinsky est toujours utilisé pour designer le poil du vison asiatique (Mustela Siberica) qui vit en Sibérie mais également dans le nord de la Chine et en Corée.

Les Soviétiques ont sévèrement restreint le commerce de l’animal et il est très difficile de s’en procurer légalement.
Le fabricant de Pinceaux Da Vinci est actuellement le seul à indiquer qu’il fait toujours commerce avec eux et utilise ce poil.
C’est le seul fabricant qui accepte de donner des informations sur la composition de ces pinceaux, pour indiquer s’il utilise la fourrure hivernale du mâle et en quelle quantité.

Les autres fabricants comme Grumbacher ou Raphael indiquent utiliser de vieux stocks qu’ils ont accumulés avant les restrictions.
Les fabricants qui ont épuisés leurs stocks utilisent maintenant des Kolinsky Chinois ou Coréens de moins bonne qualité.

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extinction de la martre Kolinsky

Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.


Maintenant vous savez. Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.
À l’heure du synthétique, nous pouvons éviter l’extinction d’espèces en voie de disparition comme le fut la martre Kolinsky, alors pourquoi continuer à acheter des pinceaux en poils d’animaux ?
Les fabricants de pinceaux ont fait de gros progrès, et certains proposent dorénavant de très bonnes alternatives aux fibres naturelles.
Même si certains vous assureront que rien n’égal les poils naturels, si vous êtes débutant, amateur passionné ou juste artiste engagé, n’en achetez pas.

Je reformule…
Du haut de notre grande expérience d’artiste international, avons-nous réellement un besoin si précis ?
Des animaux méritent-ils d’être tués et maltraités pour la finesse et l’élégance de notre trait ?

À vous de faire votre choix.

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À bientôt pour la suite,
Joanaa



Cet article a 12 commentaires

  1. Aishicreation

    j’essaie moi aussi de parler de ceci autour de moi et sur mon compte privé instagram sur l’opacité sur la fabrication de nos pinceaux. Comment je puis-je jouir de mon art si mon outil est fait avec la souffrance, la cruauté et la laideur de l’être humain. J’ai beaucoup trop d’empathie ces petits êtres innocents. Moi aussi j’ai participé en achetant sans savoir ce qui se trame derrière… je pensais qu’on coupait le poil sur l’anima gentiment … Qu’est-ce que je suis naïve je m’en veux bcp. je ne me sert plus de mes pinceau à lavis… ca me dégoute. si j’avais su…

    1. Joanaa F.

      Bonjour, je comprends votre sentiment. Toutefois, ne vous en voulez pas trop, grâce à cette erreur, vous êtes maintenant plus éclairée.
      Belles créations à vous.

  2. Emma

    Bonjour, merci pour cet article. J’ai acheté un pinceau Da Vinci Kolinski sans savoir… mais du coup ça veut dire qu’une pauvre martre a été tuée pour mon pinceau ? Olalala je me sens mal du coup !!

    1. Joanaa F.

      Bonjour Emma, oui effectivement…
      C’est souvent en faisant des erreurs qu’on apprend le plus. Ne jetez pas votre nouveau pinceau, au contraire : faites-lui honneur en prenant soin de lui comme de la prunelle de vos yeux !
      Bien entretenu il vous durera toute une vie.

  3. Gontier

    Un grand merci pour avoir éclairer ma lanterne !
    J’ai acheter il y a quelques jours des pinceaux raphael en poils naturel de Martre…. Et c’est lors d’une discussion avec ma femme, qu’elle ma mis le doute sur la nature des poils de mes nouveaux pinceaux… Et la j’ai réaliser l’horreur de ce que j’avais fais… De mon ignorance, j’ai cautionner ces pratiques 😞
    Merci d’avoir mis des liens vers des alternatives ! Et c’etait les 1er et dernier pinceaux en poils naturel que j’achetais.
    La connaissance est notre salut.
    Merci de votre partage, je vais moins même apporter cette connaissance à mes contactes dans le hobby ^^

    1. Joanaa F.

      Bonjour Gontier,

      ne vous en voulez pas. La provenance et l’origine des poils de nos pinceaux est loin d’être claire… Pas facile de s’y retrouver et de faire des choix éclairés.
      Je suis en tout cas ravie de constater que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir ce genre de questionnement.
      Ne reste plus qu’à faire honneur à votre pinceau en prenant soin de lui comme il se doit et en réalisant des œuvres dans lesquelles vous mettrez tout votre cœur.
      Merci pour votre commentaire.

  4. Aurore

    Super article pour nous ouvrir les yeux même si on nous dis que les poils proviennent d’élevages. Je préfère utiliser des pinceaux synthétiques.

    1. Joanaa F.

      Oui Aurore, malheureusement la réalité est bien plus triste…
      Personnellement, j’utilise des pinceaux en fibres synthétiques depuis des années et j’en suis très contente.
      De plus ils sont plus faciles à entretenir 😉

      Merci pour ton commentaire !

  5. eric

    Merci pour cet article très éclairant et que je vais faire circuler autour de moi … il est de notre conscience de préerver la vie sous toutes ses formes et aucunes oeuvres d’art n’a de valeur lorsque associée à la souffrance … qu’elle qu’elle soit !!!

  6. Merci pour cet article! C’est un sujet qui me tient a cœur. Non pour les pinceaux mais pour tout les caprices de l’homme qui nécessitent de tuer ou maltraiter des êtres vivants! Merci d’informer tes lecteurs de cette réalité, trop de personnes vivent encore dans le déni ou l’ignorance de ces pratiques!

    1. Joanaa F.

      Merci Camille, je trouve également que c’est un sujet important.

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